MOINS JE PENSE, PLUS JE SUIS!

8 · 28 · 23

On peut aisément reconnaître que l’on ne sait pas d’où viennent nos pensées, c’est comme si nous avions un émetteur en continu, le mental, et un récepteur amplificateur qui nous fait nous y identifier, l’ego. Ensuite notre générateur envoie de l’énergie où lui dicte l’ego, et nous alimentons inconsciemment la plupart du temps le désordre global, non sans en accuser les autres et en nous dédouanant!

Peut-être perçoit-on mieux tout l’intérêt de choisir de prendre en main sa guérison, sa libération, plutôt que de partager, dans un élan de charité mondaine, sa perdition ! Syndrome du faux sauveur, celui qui pave l’enfer de bonnes intentions.


Étendre sa conscience, l’étirer, l’élever, est quasiment la seule raison d’être des humains, ce à quoi ils sont conviés chaque seconde de leur vie. Et pourtant c’est bien la dernière chose qu’ils cherchent à accomplir.


Pour le chamane c’est impératif, mais cela ne saurait suffire, il lui faut aussi élargir son imagination, sans cesse, pour aller à la rencontre de toutes les autres formes d’intelligence de tous les mondes, pour pouvoir communiquer et inter-agir avec elles, les canaliser et connaître leurs protocoles, il ne peut tolérer aucune limite à son imaginaire. Sa vie est une ascèse permanente, un défi constant en quelque sorte, dans cette recherche infinie d’agrandir son horizon et ses perceptions, et puis aussi parce qu’en progressant il est confronté à des problématiques toujours plus profondes,
complexes.


Aller jusqu’au delà des limites de la raison, par la méditation ou la sadhana, cela n’a pas à voir avec un exercice mental ou intellectuel, l’intellect en et par lui-même n’a pas à édicter des règles de comportement, de penser, il outrepasse là sa fonction, il doit être au service, et non asservisseur; pour défier cette croyance puissante qu’il faut toujours et en toutes choses raison garder, franchir la barrière de la peur de perdre la raison, armé de sa seule foi et du désir fervent de vaincre cette peur. Goûter l’ivresse fulgurante de l’essence de la liberté qui se tient juste là, masquée par le voile de la peur que seuls les intrépides innocents écartent puis déchirent en riant et en chantant!


Chaque petite contrariété grignote des parts de la liberté, j’ai toujours le choix d’être contrarié ou vexé ou triste ou encore désespéré, je sais intimement que nourrir ces états m’aliène, fait chuter ma fréquence vibratoire, et néanmoins je nourris. Certes, le choix qui se présente majoritairement est entre le facile et le moins facile, et nous sommes paresseux, la facilité nous tente bien souvent. C’est à regarder sans jugement, connaître sans tricherie, puis reconnaître cette paresse ou cette fascination inconsciente pour l’aliénation et décider l’évolution. Demander toute l’aide voulue, rechercher tous outils disponibles, et guides le cas échéant. “Rien ne m’appartient, rien n’est moi”, tel devrait être l’un des plus puissants mantra, dont l’inlassable scansion infuserait en nous toutes les diverses et fertiles conséquences porteuses d’émancipation, de graines de créativité, de coups fatals portés à nos limites. Car que peut-il en rester si “je”, “moi”, “mon-ma-mes”, se dissolvent dans l’expérience de la présence à l’éternel présent? Rien qu’un souvenir amusé… Nous touchons ici à l’alchimie intérieure véritable, à l’essence du tantrisme, encore qu’il n’y ait pas nécessité de nommer cette expérience si ce n’est pour se rapprocher du sens de ces termes souvent dévoyés. L’équation alchimique est: dissolution de “je-moi-mon-ma-mes”= surrection du Soi.


De quoi parlons nous quand nous disons “mental”? Ne déconnectons pas au point de donner l’illusion de parties séparées mais bien de leur fonctionnement autonome non convergent, en lieu et place d’une synergie équilibrée. Il convient d’établir une prépondérance harmonieuse et souple, évolutive éventuellement, une préséance au service de la loi naturelle. Le mental est cette fabrique intérieure inlassable et continue de pensées, toujours affamé, jamais rassasié, faisant flèche de tout bois, et décidant arbitrairement l’ordre et la hiérarchie des formes pensées, capable de déclencher dans le cerveau une chimie interne sophistiquée, en fonction du caractère anxiogène, joyeux, triste… de celles-ci. Livré à lui-même il ne peut établir aucune connexion avec le cœur. Une baudruche qui enfle et titube vers le halo indéterminé du phare d’un hypothétique bonheur indéfinissable autant qu’insaisissable, puis éclate en ne laissant qu’odeur fétide.

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